01/08/07 - C'est
un tournant dans la carrière de Rupert Murdoch,
76 ans, magnat australien de la presse et patron de
News Corp. Avec le rachat de Dow Jones, une institution
du journalisme américain, le prestigieux et très
sérieux "Wall Street Journal", tombe
sous son emprise.
A 76
ans, celui qui se trouvait déjà à
la tête d'un énorme empire multimédia,
dont aux Etats-Unis le réseau de télévision
Fox et le "New York Post", s'empare ainsi
d'un des fleurons de la presse nationale américaine,
quotidien économique-phare et puissance incontournable
dans le monde des affaires.
Et ce
au terme d'une campagne qui aura duré plusieurs
mois et mis au jour les profondes querelles au sein
de la famille Bancroft, qui contrôle Dow Jones
Corp. La société a finalement été
cédée pour cinq milliards de dollars (3,65
milliards d'euros).
Rupert
Murdoch n'a jamais eu peur de prendre des risques, avec
succès en général. Dans les années
80, on donnait peu de chances à la chaîne
Fox, qui arrivait sur un marché déjà
occupé par les réseaux de télévision
traditionnels NBC, ABC et CBS.
Sur le
câble, même sens des affaires: Fox News
Channel s'attaqua à la grande rivale CNN, fondée
par un autre visionnaire des médias, Ted Turner.
Et en dépit des critiques sur une couverture
très loin d'être équilibrée,
la chaîne d'informations en continu de Murdoch,
marquée à droite, taille désormais
des croupières à son aînée.
Murdoch
entend frapper à nouveau cette année avec
le lancement d'une nouvelle chaîne câblée
économique face à CNBC, d'où son
intérêt pour le rachat de Dow Jones, dont
les ressources lui seront utiles. Pionnier de l'information
financière, Dow Jones traîne désormais
derrière Reuters et Bloomberg, et l'offre de
Murdoch était particulièrement alléchante,
bien supérieure au cours de l'action Dow Jones
lorsqu'il a lancé son opération.
Le magnat
australien a débuté dans l'univers des
médias grâce à un titre hérité
dans les années 50 de son père, journaliste
de renom. De là, il a étendu son influence
à des titres britanniques puis s'est tourné
vers Hollywood avec la prise de contrôle des studios
de la Twentieth Century Fox. Il est également
présent dans des opérateurs de télévision
par satellite en Europe et en Asie et s'est lancé
avec succès sur le marché d'Internet,
avec le rachat de MySpace en 2005, affaire juteuse qui
lui rapporte encore plus après un accord avec
Google, chef de file des moteurs de recherche.
Mais
jamais aucune de ses acquisitions, même s'il détient
déjà des publications respectées,
n'aura eu autant de prestige que le "Wall Street
Journal", institution américaine dont l'histoire
remonte au XIXe siècle.
L'homme
aux méthodes commerciales controversées,
et qui possède certains des tabloJids les plus
populistes de la presse mondiale, comme le "Sun"
britannique, avec ses ragots et ses filles déshabillées
en page trois, s'est cependant engagé par écrit
à ne pas interférer avec l'indépendance
jalousement gardée et l'intégrité
de ce joyau à sa couronne.
Pour
ce faire, News Corp. et Dow Jones vont créer
un comité éditorial conjoint de cinq personnes
qui auront le dernier mot en matière d'embauche
ou de licenciement des hauts dirigeants du Wall Street
et de Dow Jones Newswire, le fil d'informations financières
du groupe.
Presse
Canadienne