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Édition 09 - 2003-11-11 Le seul journal francophone de l'Université McGill. Le Délit
Shirin Shahrokni Samedi soir dernier, on fuyait (comme bien dautres dans les rues de Montréal) les premières manisfestations de la gelée hivernale. Les mains engourdies par le froid, les oreilles glacées, le souffle coupé, on se cherchait une consolation, un moment de répit et puis de quoi se mettre sous la dent. Peut-être que ce sont les couleurs chaudes de lenseigne du Bayou Brasil les jaune et vert vifs rappelant le drapeau du pays qui nous ont spontanément attirés vers ce restaurant de la rue Saint-Denis. Chose certaine, on ne la pas regretté. À peine eut-on franchi la porte de ce restaurant à lallure simple que lon fut transporté vers une autre saison. Avec ses chaises et ses tables en bois, ses plantes dun vert éclatant suspendues au plafond, la grande salle ressemblait à un magnifique jardin tropical. Les plantes répandaient une profonde sérénité. Les couleurs flamboyantes des murs remplissaient le lieu de chaleur et de sensualité. Au fond de la salle se trouvait un bar qui saisit demblée mon attention. Je devinai les moments de bonheur que celui-ci avait sans doute accueillis; jimaginai leuphorie d'un groupe rassemblé autour dune petite télé, criant et bondissant devant un match de foot BrésilAllemagne. Ma rêverie fut alors écourtée par larrivée de lhôte qui, de son sourire franc et chaleureux, nous désigna une table. Sans plus attendre, on prit connaissance du menu qui savéra des plus inhabituels, diversifiés et alléchants. On fut introduit à une vaste section de plats brésiliens, ainsi quà une autre section proposant des recettes cajun. Certains de ces mets évoquaient un mélange de douceur, de volupté et de fraîcheur, comme par exemple le peixe a baina (un filet de poisson au lait de coco, huile de palme, poivrons verts) ou encore le frango no coco e amendoim (un filet de poitrine de poulet aux arachides et lait de coco). Dautres, comme le Jacaré Bayou Brasil (composé de lamelles dalligator cuites dans une sauce maison), étaient susceptibles de plaire aux âmes aventurières. J'ai finalement opté pour des moules en entrée: les Mexilhãos à Brasileira, assaisonnées d'ail, de limette et dhuile d'olive. Une généreuse portion ma été servie pour seulement 4,95$. Il s'agissait de véritables tendresses, fondantes dans la bouche, qui se seraient d'ailleurs admirablement mariées avec un bon verre de vin blanc. Puis, après une salade surprise foisonnante de couleurs, on a découvert la Mariscada: un ensemble de moules, de crevettes, de calmars, de poisson (et oui, je suis une grande amatrice de fruits de mer!), le tout cuit dans une sauce tomate Bayou Brasil. Légèrement épicé et accompagné d'un riz aux saveurs brésiliennes, ce plat était un véritable délice des océans. Pour les amoureux de desserts, le choix ne manquait pas et ils débordaient doriginalité: connaissiez-vous, par exemple, le gâteau à lananas et au fromage? Quil aurait été agréable de poursuivre cette soirée au bar, bercés par les rythmes suaves de la samba, à siroter quelques liqueurs du Bayou Brasil Mais on navait pas vu le temps passer: déjà 23 h, et le restaurant fermait ses portes. On régla une facture de moins de 20 $ par personne. Convaincus de revenir bientôt, on retourna alors dans une toute autre réalité, une toute autre saison.
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